Ce jour-là
Ce jour-là, elle est tombée sur elle. Il pleuvait des cordes et elle se battait contre le vent. C’est à ce moment qu’une plaque d’égout s’est glissée sous son pied. En quelques secondes, son corps s’est détaché du sol, son parapluie s’est enfuit. Elle s’est mise à battre des ailes. Un petit cri s’est échappé de sa bouche lorsqu’elle a réalisé qu’elle allait s’étaler sur le dos, telle une crêpe vivement retournée. C’est là qu’elle a senti ses mains retenir ses bras. La première s’est redressée, sous le choc mais reconnaissante. La seconde était trempée, mais magnifique. Ses cheveux longs et roux cascadaient sur ses épaules blanches. Ses pommettes étaient roses, ses lèvres aussi.
Ce jour-là, elle est tombée sous son charme. Elles se sont croisées de nouveau, par hasard, dans un café. Elle lisait un bouquin trop long sur les couleurs et elle est entrée. Elle a commandé un thé vert. Son mascara noir coulait un peu sous ses yeux. Elle venait d’apprendre une bonne nouvelle, et elle pleurait de joie. Ses pommettes étaient rouges. Ses cheveux étaient secs cette fois et ils galopaient sur ses épaules dorées par le soleil. Elles ont parlé, longtemps. Elles pensent qu’elles étaient autant nerveuses l’une comme l’autre. Elle jouait sans cesse avec son collier. La chaîne était longue. L’émeraude tombait délicatement dans son décolleté léger. C’est quand le coucher de soleil est venu s’infiltrer par la vitrine du café, devenu oranger, que leurs mains se sont frôlées.
Ce jour-là, elle est tombée dans ses bras. Elles marchaient dans un bois lorsque son corps s’est collé au sien. Elle sentit les écorces fraîches dans son dos et ses mains chaudes sur son ventre, ses seins, ses cuisses. L’orage grondait. Les éclairs frissonnaient. Leurs souffles ne faisaient plus qu’un, tels des ouragans de désirs. Cachées par les fougères leurs lèvres se découvraient, leurs peaux se chuchotaient, leurs corps se promettaient.
Ce jour-là, elle est tombée en amour. Il pleuvait des cordes. Elle lui a dit « Viens! On sort! ». Elle l’a suivie, le sourire sur ses lèvres. Cette fois, elle a fait attention à ne pas glisser. Cette fois, elle lui a donné la main. L’herbe mouillée leur chatouillait leurs pieds nus. Elle s’est mise à courir en avant, tendant ses bras tel un avion en plein décollage. Elle s’est mise à la poursuivre de ses éclats de rire. Elle a remarqué à quel point elle était belle. Elle s’est amusée de son insouciance qui lui faisait tant de bien. Elle s’est dit qu’elle ne pourrait plus vivre sans elle. Elle n’a pas réalisé qu’elles s’étaient rapprochées de la route principale. La pluie déferlait en rideaux épais. Elle n’a pas eu le temps de voir la voiture sortir brusquement du virage. Elle n’a pas eu le temps de lui dire qu’elle l’aimait.
Ce jour-là, elle est tombée en poussière.
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