Le choix de votre vie
Ma soeur et mon frère sont beaucoup plus jeunes que moi. Ils sont à cette période où ils doivent choisir ce qu’ils veulent faire de leur vie. Ca me rappelle des souvenirs. Cette petite graine qu'on vous plante dans votre tête quand vous êtes jeunes, qui vous hante jusqu'à ce que vous ayez pris une décision d'orientation (qu'elle soit bonne ou non).
Que veux-tu faire de ta vie? Qu’est-ce que tu aimes?
Ce sont les questions qu’une conseillère d’orientation plus automatique qu’un robot m’avait posée lorsque j’avais 15 ans. Je devais la rencontrer un mardi mardi, dans son bureau. Rendez-vous obligatoire. J’avais la gorge nouée, la tête en brouillon. Logique, je m’apprêtais à décider ce que j’allais faire de ma vie. Des murs gris, une seule et toute petite fenêtre, une plante verte qui n’était plus verte. Les tests passés sur le gros ordinateur avaient révélé que j’avais d’excellentes capacités d’organisation et d’auto-discipline. Alors elle m’avait déclaré que je pouvais m'inscrire à la Fac, tout en me glissant les formulaires d’inscription sous le nez. Rapide et efficace. Grâce à elle, j’allais enfin sortir d’un long processus de décision concernant mon avenir.
Il vous reste une semaine pour rendre vos 3 choix de métiers
Notre école, et plus généralement la société dans laquelle nous vivons, nous mettent une telle pression qu’en un coup de gomme tous nos rêves d’enfants disparaissent. Soudain, une angoisse sans fond se plante dans notre ventre. Le monde nous paraît alors trop grand, trop oppressant. Le seul réconfort serait alors de se trouver un endroit où se cacher en attendant que l’orage passe. Malheureusement, l’orage ne passe pas. La chape de plomb est là, juste au dessus de notre crâne.
Vite, rentre dans le moule!
Du jour au lendemain, on vous annonce donc que le TGV « Avenir » arrive en gare. Il faut le prendre, ne surtout pas le rater. Sinon il ne restera que vous, seul sur le quai de la gare, dans le vide total. Pas d’avenir, pas d’ambition, pas de bagages. Vous ne serez qu’un moins que rien.
Vous êtes donc devant la pire formule mathématique à résoudre de tous les temps. Ce qu’on vous demande : prendre une décision le plus vite possible. Ce que vous devez prendre en compte : les attentes de vos parents, les superbes recommandations de votre conseiller d’orientation, les résultats de tous les tests que vous avez passé, et les influences quotidiennement sournoises de la société. Ce que vous écartez sans même le réaliser : qui vous êtes, ce que vous aimez, ce que vous n’aimez pas, vos rêves.
Ce que personne ne vous dit
Personne ne vous dit que justement, vous n’avez qu’une vie. Et que le principal acteur de cette vie, c’est vous. Personne ne vous dit que personne ne devrait vous dicter quoi faire, personne n’a le droit de vous tasser dans une case, décider ce qui est bon ou mauvais pour vous, quelles études ou métier vous conviendraient. Personne ne vous dit que la vie ne se limite pas à un seul et unique métier. Personne ne vous dit que vous n'êtes pas seuls et que vous pouvez vous associer, vous regrouper avec d'autres personnes pour porter ensemble vos projets. Personne ne vous dit que ce n’est pas grave, si vous ne savez pas.
« Est-il trop tard pour modifier votre choix de carrière? »
Photo de Steve Cutts : "I can't take this bullshit anymore!!!!!" / "J'en peux plus!!!!!"
« Est-il trop tard pour modifier votre choix de carrière? » ai-je lu aujourd’hui dans la section « orientation professionnelle » du site web d’une université. J’ai envie de répondre à cette question par une autre question : Pourquoi serait-il « trop tard »? Qui pourrait se permettre de juger qu’il est « trop tard » ou pas? Selon quels critères?
Nous voici 15 ans après être sortie de ce bureau sans espoir. Je réalise que peu de choses ont changé à l’école. J’ai de la peine à penser que ma soeur et mon frère puissent vivre cette même angoisse liée à leur avenir.
J’ai finalement été formée à un métier - que j’ai vraiment choisi, au diable les avis de cette conseillère. J’ai travaillé, beaucoup. Des emplois en lien avec ma formation, ou pas. J’ai voyagé et je me suis sans l’avoir prévu, installée à l’étranger. Je suis sortie de ma zone de confort. J’ai ouvert des portes et fenêtres du possible que je ne soupçonnais pas. J’ai créé un énorme courant d’air dans lequel j’ai rencontré plein de gens extraordinaires. Des artistes, des écrivains, des citoyens du monde, des êtres passionnés. J’ai mis les deux pieds dans la vie, avec tous les risques qui viennent avec. J’ai des projets plein la tête. Je continuerai à apprendre jusqu’à la fin.
Mon parcours reste le mien, et je n’oserai jamais dire qu’il est meilleur qu’un autre. Je m’estime aussi privilégiée d’avoir des parents qui n’ont jamais jugé mes choix. Mais aujourd’hui, je crois avoir compris un truc. Un tout petit truc que j’ai envie de dire à mon frère et à ma soeur, alors qu’ils sont maintenant à la place où j’étais hier : ce que vous devez prendre en compte, c’est vous. Vous avez le choix ET le temps. La possibilité de changer, tout au long de votre vie. Faire ceci aujourd'hui ne vous empêchera jamais de faire cela demain. Rien n’est définitif.
L’école de la vie
Et si on nous apprenait un peu plus la vie à l’école? Et si on nous apprenait à nous connaître nous-même, à découvrir nos talents, nos passions? À s’intéresser aux autres, à apprendre des autres, à mettre en commun nos talents? Et si on nous apprenait à prendre des risques, à faire des erreurs, à rebondir? Et si on nous apprenait qu’il est possible de faire autre chose que métro-boulot-dodo? Et si on nous disait que ce n'est pas grave de ne pas savoir, ce n'est pas grave de faire un choix d'étude puis de réaliser que ce n'est pas fait pour nous. Et si on nous expliquait que c'est possible de faire plusieurs métiers dans sa vie? Et si on nous apprenait qu’il est possible d’être son propre patron? Et si on nous disait qu’on est intelligent, fort et courageux?
Et si on nous apprenait à nous faire confiance, simplement?
Merci pour votre lecture !
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